MUSOGYNIE
Les mondes parallèles existent.
A l’heure où je parle, il y en a bien des milliards, car chacun vit dans son monde, tous ces mondes sont le monde passé par des prismes, chacun porte son prisme qu’il façonne à son gré, et le mien se voit peuplé de femmes traumatisées.
Où que je tourne la tête, elles éclatent à mes yeux : comme des pépites dans la lie d’une rivière, comme une poupée perdue et retrouvée dans une montagne d’ordures inconnues¹.
J’ai donné un nom à mon polyèdre : elle s’appelle MUSOGYNIE.
MUSOGYNIE est un musée de la misogynie,
de l’image des femmes,
de sa mythification,
de sa sexualisation,
de son objectification,
de sa violence.
“Life” in this “society” being, at best, an utter bore², elle est la réponse que je voudrais apporter à une question que je pose : que faire de ce que la misogynie et la culture du viol ont engendré comme formes ? Que faire des chansons paillardes, des calendriers de pêcheurs, des femmes-objets, des tropes cinématographiques usités, de la littérature ?
MUSOGYNIE est, dans cet ordre, femmes violentées, femmes violentes.
MUSOGYNIE est une base de données où piocher pour créer et penser ces sujets.
MUSOGYNIE est une archive, qui propose de regarder ces objets sous le prisme d’un témoignage historique plutôt que de les censurer.
MUSOGYNIE est le musée d’un traumatisme et de sa tradition.
MUSOGYNIE n’est pas impersonnel.
MUSOGYNIE n’est pas que fascination.
MUSOGYNIE n’est pas syndrome de Stockholm.
MUSOGYNIE n’est pas que critique.
MUSOGYNIE n’est pas une morale.
MUSOGYNIE n’est pas un programme.
MUSOGYNIE n’est pas antidote.
MUSOGYNIE est un sort.
MUSOGYNIE est une cosmogonie.
MUSOGYNIE est un arbre de vie.
MUSOGYNIE est une gourde de fiel³.
L’Histoire est Rape, MUSOGYNIE est Revenge.
Le contenu est violence, le contenant est revanche.
J’aime à me dire que lorsqu’on commence à éprouver le besoin de mettre un phénomène en musée, son anéantissement approche doucement, et qu’ainsi pourrai-je contribuer à sa mise à mort.
¹
2666, Roberto Bolaño, traduction Robert Amutio
²
SCUM Manifesto, Valerie Solanas
³ Les chansons de Bilitis, Pierre Louÿs
MUSOGYNIE a eu une rubrique pendant un mois dans la newsletter de Censored Magazine.
Workshop MUSOGYNIE - Rape & Revenge
Misogynie, violences, traditions et parures
Le premier workshop de MUSOGYNIE a eu lieu chez moi le 8 et 9 février 2020. Pendant ces deux jours, nous avons travaillé à élaborer de nouveaux gestes en réponse à l’histoire brutale des femmes à travers l’histoire : l’idée était de définir une façon de se réapproprier la misogynie et sa violence pour la canaliser en parures et armures, déterminée par le néologisme musogyne dont je donne ici ma propre définition :
musogyne (adj.) :
qualifie une façon de se réapproprier l’histoire de la représentation des femmes dans des sociétés où initiative de les représenter est systématiquement prise à leur place. musogyne signifie muse, dans le sens où sa propre expérience vécue et celles des autres femmes est sa source d’inspiration première, son matériau brut. C’est un principe de muses mutuelles. Cela couvre toute création spécifique à ces questions, qui retourne la tradition de la misogynie et se la réclame pour s’en faire une revanche : musogyne est un synonyme euphémisé de vengeresse.
Dans un espace domestique, à travers des récits que je leur ai délivrés, elles ont créé leurs propres esthétiques et langages, elles en ont fait un instant suspendu.
Merci à Cloine (@cloine13) pour sa visioconférence sur son livre Ragilia et autres textes et ses inspirations, ainsi qu’à Nelle (@nelloid) pour son intervention sur le travail du sexe.

