Mélina Ghorafi

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Mélina Ghorafi, MUSOGYNIE (musée de la misogynie), 2018-2023, vue de l’exposition Les Sillons #1, 2023, La Ferme du Buisson, © photo Émile Ouroumov

MUSOGYNIE, 2018-∞

« Mélina Ghorafi augmente pour Les Sillons #1 son projet MUSOGYNIE par l’acquisition de nouvelles pièces qui rejoindront de manière pérenne sa collection. Elle installe une myriade d’objets usuels : bols, verres, décapsuleurs, cartes postales, livres, rideau, t-shirt, torchon, qui ont en commun de présenter des représentations sexistes de la féminité, prises entre les polarités de l’ingénuité virginale et de la sexualisation sulfureuse. D’une applique murale relativement classique mais façonnée selon l’image d’un sein et de son téton dans le style dit « boob lamp » à une table basse représentant un corps féminin nu, la pièce maîtresse de l’installation est un ouvrage de 1946, intitulé « Pour et contre la femme » et qui rassemble des centaines de citations misogynes et de gravures qui mettent en scène la féminité. « Les anges de rebut », le .pdf interactif de l’artiste permettant de naviguer dans des cartographies de statuaire publique féminine, installé à l’accueil du Centre d’art, tire son titre d’une citation d’Alexandre Dumas fils présente dans cet ouvrage. »

Thomas Conchou pour le journal de l’exposition Les Sillons #1 curatée par lui-même au Centre d’art contemporain de La Ferme du Buisson.

Manifeste de MUSOGYNIE

Les mondes parallèles existent.

À l’heure où je parle, il y en a bien des milliards, car chacun vit dans son monde, tous ces mondes sont le monde passé par des prismes, chacun porte son prisme qu’il façonne à son gré, et le mien se voit peuplé de femmes traumatisées.
Où que je tourne la tête, elles éclatent à mes yeux : comme des pépites dans la lie d’une rivière, comme une poupée perdue et retrouvée dans une montagne d’ordures inconnues[1].

J’ai donné un nom à mon polyèdre : elle s’appelle MUSOGYNIE.

MUSOGYNIE est un musée de la misogynie,
de l’image des femmes,
de sa mythification,
de sa sexualisation,
de son objectivation,
de sa violence.

« Life » in this « society » being, at best, an utter bore[2], elle est la réponse que je voudrais apporter à une question que je pose : que faire de ce que la misogynie et la culture du viol ont engendré comme formes ? Que faire des chansons paillardes, des calendriers de pêcheurs, des femmes-objets, des tropes cinématographiques usités, de la littérature ?

MUSOGYNIE est, dans cet ordre, femmes violentées, femmes violentes.
MUSOGYNIE est une base de données où piocher pour créer et penser ces sujets.
MUSOGYNIE est une archive, qui propose de regarder ces objets sous le prisme d’un témoignage historique plutôt que de les censurer.
MUSOGYNIE est le musée d’un traumatisme et de sa tradition.
MUSOGYNIE n’est pas impersonnel.
MUSOGYNIE n’est pas que fascination.
MUSOGYNIE n’est pas syndrome de Stockholm.
MUSOGYNIE n’est pas que critique.
MUSOGYNIE n’est pas une morale.
MUSOGYNIE n’est pas un programme.
MUSOGYNIE n’est pas antidote.
MUSOGYNIE n’est pas un sort.
MUSOGYNIE est une cosmogonie.
MUSOGYNIE est un arbre de vie.
MUSOGYNIE est une gourde de fiel[3].

L’Histoire est Rape, MUSOGYNIE est Revenge.
Le contenu est violence, le contenant est revanche.

J’aime à me dire que lorsqu’on commence à éprouver le besoin de mettre un phénomène en musée, son anéantissement approche doucement, et qu’ainsi pourrai-je contribuer à sa mise à mort.

[1] 2666, Roberto Bolaño, traduction française : Robert Amutio
[2] SCUM Manifesto, Valerie Solanas
[3] Les chansons de Bilitis, Pierre Louÿs

Mélina Ghorafi, MUSOGYNIE (musée de la misogynie), 2018-2021, exposition Hallali, B.R.A.V.E., 2021
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